Walter Benjamin – Excursion à Portbou – 17 mai 2014
par Christian Caudrelier

À propos de la visite de l’expo Walter Benjamin, l’Ange de l’histoire

Perpignan 17/O5/14

La vie et l’œuvre : repères

“Une serviette en cuir comme celles qu’utilisent les hommes d’affaires, une montre, une pipe, six photographies, une radiographie, une paire de lunettes.” (1)

Il faut quitter Paris. Walter Benjamin aura attendu le dernier moment, le 15 juin 1940, au lendemain de l’entrée des troupes allemandes dans la capitale de la France défaite.
Il faut quitter Paris qui depuis tant d’années, l’accueille, le captive l’empoisonne. Dès son premier séjour en mars 1926,tandis qu’il s’y rendait pour traduire Proust, il avait compris que la ville le tenait “Paris m’allant ainsi d’emblée pris comme un gant”.

Et c’est avec d’autres guides littéraires, Baudelaire en premier lieu que Benjamin s’engouffra dans l’exploration des Passages. Avec Baudelaire, car le poète des Paradis artificiels avait une fois, pour toutes, fait du chiffonnier le chiffre secret des obsessions de W. Benjamin. Collectionner, habiter, se sauver…Mais pour l’heure, il faut partir, au plus vite. le temps n’est plus aux flâneurs. En ce jour du 15 juin 1940, il prend l’un des derniers trains pour Lourdes. Mais qu’emporter avec soi ? la hotte du chiffonnier est bien trop pleine. À force d’accumulations frénétiques, le manuscrit de ce Livre des passages dont W. Benjamin espérait tant qu’il devint un jour Paris capitale du XIX éme siécle était intransportable Il fut confié, avec d’autres papiers, à l’un des employés aux Cabinets des médailles de la Bibliothèque Nationale. Son nom était Georges Bataille.

Il lui dépose donc deux grosses valises, marquées “À sauver”… Au dernier moment faute d’avoir pu la vendre, il découpe de son cadre l’aquarelle de Paul Klee, Angelus Novus qui, depuis qu’il en fit l’acquisition en 1921, soutient ses pensées, ses rêves, ses espérances.( 2) Il la glisse dans une des valises..Et qu’en était –il de ces fameuses thèses sur le Concept d’histoire, son dernier manuscrit, le testament intellectuel de W. Benjamin, bloc de prose poétique placé tout entier sous l’œil fixe de l’Angelus Novus? Il décida de l’emporter avec lui, dans une petite serviette en cuir noir <>Une copie fut toutefois confiée à une cousine éloignée. Son nom était Hannah Arendt. (3)

Le 26 sept.1940,à PORT BOU, non loin de la frontière espagnole, le philosophe et critique allemand W. Benjamin né à Berlin en 1892 et réfugié en France depuis la prise de pouvoir par les nazis en 33 est découvert mort dans sa chambre d’hôtel. Il a ingurgité une dose énorme de morphine.

Christian Caudrelier 12/05/2014

1 Lettre de le Direccion General de la Securidad, Commissaria de Inverstigacion y Vigilancia de la Frontéra Oriental Figueras à Max Horkheimer 30 oct 1940

2 “Il a les yeux écarquillés, la bouche ouverte, les ailes déployées. Il a le visage tourné vers le passé. Il aimerait sans doute rester, réveiller les morts et rassembler ce qui a été brisé. Mais une tempête se lève…” Il regarde vers le passé … “le tas de ruines  monte jusqu’au ciel… Ce que nous appelons progrès, c’est cette tempête” in : sur le concept d’Histoire de W.Benjamin

3 in Préface de Patrick Boucheron “Sauver le Passé Sur le concept d’histoire de W. Benjamin” Payot Ed.2013

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