Le rideau est tombé sur la Quinzaine Franco-Allemande en Occitanie

Quinzaine franco-allemande en Occitanie.

Edito

A la FAPS, nous sommes connus pour avoir la langue bien pendue. « Nanu », dirait l’Allemand, pendue à quoi ? Comment imaginer en effet que cette langue si bien pendue appartienne à la même personne qui, en allemand, « n’est pas tombée sur la bouche », « nicht auf den Mund gefallen » ? Comment voulez-vous qu’on se comprenne, avec des points de vue aussi différents?

C’est pourtant là tout le charme des langues qui nous font pénétrer, à travers leurs constructions, leurs tournures idiomatiques, dans l’esprit des locuteurs avec ses particularités et ses différences. Quand Germaine de Staël dit regretter en Allemagne le « gazouillis » des salons parisiens où tout le monde parle en même temps et pourtant se comprend, les Allemands sont bien obligés de laisser la parole à leur interlocuteur jusqu’à la fin de sa phrase, puisque c’est là que se trouve l’essentiel : le verbe.

Voilà comment la langue façonne l’esprit, l’être même de celui qui la pratique et de la communauté linguistique dont il fait partie. Et voilà pourquoi, aussi, il est si important de pratiquer les langues, ou tout au moins de les faire passer d’un pays à l’autre, de les traduire, et de les traduire le plus fidèlement possible. Qu’on se souvienne de la funeste dépêche d’Ems dont une erreur de traduction fut indirectement l’une des causes de la guerre franco-prussienne de 1870 !

C’est donc sur l’importance des langues, en particulier du français et de l’allemand, que nous avons choisi de braquer les projecteurs en cette année riche en commémorations : fin de la guerre de 14-18, bien sûr, mais aussi, bien plus loin de nous mais tout aussi meurtrière, fin de la Guerre de Trente Ans, scellée par la Paix de Westphalie en 1648 à Osnabrück et qui a vu s’affronter, entre autres, l’Allemagne d’alors et la France.

Les langues sont des traits d’union entre les peuples, et les traducteurs sont leurs passeurs. C’est leur honneur, mais aussi leur redoutable responsabilité.

Evelyne Brandts

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Le vendredi 14 septembre a donc été officiellement lancée la première Quinzaine Franco-Allemande en Occitanie, et ce sont plus de deux cents manifestations qui ont été organisées dans tous les départements de notre région. Bien entendu, la FAPS faisait partie des associations ou institutions participantes.

Nous avons donc le plaisir de vous faire partager tout ce qui a constitué notre Quinzaine. Sur le site, le programme est désormais considéré comme un événement « passé », mais il est naturellement toujours possible de le consulter. (rubrique « programmes », événements précédents, puis faire dérouler jusqu’à trouver le mois d’octobre et donc le programme).

Nous vous proposons ici un petit reportage sur le déroulement de ces deux semaines hors du commun, avec souvent photos à l’appui.

Soirée inaugurale à Toulouse

Ce 14 septembre donc, au moment même où se tenait à Nîmes la première manifestation organisée par la FAPS, était officiellement inaugurée, et en grandes pompes, la première Quinzaine Franco Allemande en Occitanie à laquelle j’eus le très grand plaisir d’assister.

Malheureusement, le retard de mon train et les embouteillages monstrueux de la ville rose en travaux ne me permirent pas d’arriver à temps  pour assister à la première partie de la manifestation  qui se tenait au coeur de la Leadership University d’Airbus à Blagnac. Les prestigieux participants durent donc se passer de ma présence ! Il y avait là notre Ministre du Travail, Madame Muriel Pénicaud, le président d’Airbus Commercial Aircraft, Monsieur Guillaume Faury, Son Excellence l’Ambassadeur d’Allemagne en France, Monsieur Nikolaus Meyer-Landrut, la présidente de la Fondation Dépêche, Madame Marie-France Baylet, la présidente de la Région Occitanie, Madame Carole Delga, le maire de Hambourg et Ministre plénipotentiaire de l’Allemagne pour la coopération franco-allemande, Monsieur Peter Tchentscher, et le maire de Toulouse, Monsieur Jean-Luc Moudenc.

Ce fut, ai-je lu et entendu un peu partout, une cérémonie grandiose. D’ailleurs, n’est-ce pas au nom de l’amitié et de l’entente franco-allemande que le lancement de la Quinzaine s’est tenu tout d’abord chez Airbus ? Dans son discours, Monsieur Guillaume Faury a rappelé que le premier Airbus A300 est né du rapprochement aéronautique des deux pays en 1959 ! Nos deux nations avaient su  alors unir leurs compétences pour créer le numéro un européen de l’aéronautique et de l’espace. Quelle réussite !

Un peu plus tard, aux alentours de 19h30, c’est une foule résolument franco allemande (un millier de personnes tout de même!) qui se pressait devant l’entrée du Capitole pour assister au concert inaugural. Il faisait un temps merveilleux et si j’osais me laisser aller au lyrisme, je dirais que le coucher de soleil sur la ville résolument rose fut un enchantement absolu.

Au guichet où je devais retirer ma place d’invitée, j’eus le très agréable surprise de découvrir que je faisais partie de la centaine de « happy few » occupant le carré VIP ! Si, si… c’est vous dire que la FAPS, en région, est loin de compter pour des prunes ! Place de choix, donc dans ce merveilleux Capitole, délicieusement suranné et si joliment paré de dorures et de cramoisi. Tout ce que j’aime !

Bien entendu, il y eut les discours. Monsieur Moudenc tout d’abord, maire de Toulouse, Monsieur Klaus Richter, directeur des achats chez Airbus, qui fit un court discours très drôle et très remarqué et enfin le maire de Hambourg, Monsieur Peter Tchentscher. Sous les applaudissements franco-allemands, que dis-je, européens, les personnalités laissèrent ensuite place à la musique pour LE concert inaugural. Au programme, Dvořàk, Ibert et Brahms en dernière partie avec sa magnifique sérénade n°2 op.16, interprétée par l’Orchestre National du Capitole. C’est l’Ensemble Arabesques de Hambourg qui assura la première partie sous la baguette de Christian Kunert.

Après la musique, les petits fours  et un verre de bon vin, bien sûr ! C’est dans la magnifique salle d’apparat du premier étage du Capitole, donnant sur la place, qu’eut lieu cette réception très chic et très conviviale à la fois, durant laquelle j’eus le très grand privilège d’échanger quelques mots et de « trinquer » avec Son Excellence l’Ambassadeur d’Allemagne en France et il en reste même un petit souvenir !

Josée Bernard

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Et pendant ce temps là, à Nîmes :

Conférence de Heinz Wismann, vendredi 14 septembre, à la Maison du protestantisme de Nîmes

Cette soirée est à marquer non pas d’une, ni de deux, mais de tout un bouquet d’étoiles : la causerie de Heinz Wismann sur « les grammaires de la liberté – réflexions sur le destin des langues », un sujet a priori rébarbatif, réservé à des spécialistes, s’est révélée une source jaillissante d’idées, d’images, de surprises de toutes sortes.

Introduit avec brio par le philosophe Pierre Plumerey, qui connaît son Wismann sur le bout des doigts, le conférencier a déclaré tout de go qu’il n’entendait pas se livrer à une présentation académique de ses idées, mais préférait une « causerie », enlevant un peu de solennité à la chose : on était entre amis.

Et de fait, son propos, exposé sur le ton de la conversation dans un français coulant de source, où l’esprit le disputait à l’érudition, aurait pu facilement passer pour un monologue à bâtons rompus ; en fait, c’était un développement rigoureusement charpenté, dont le fil conducteur menait l’auditeur comme un fil d’Ariane dans le pseudo dédale de son discours.

Impossible de résumer en quelques phrases la richesse de ces idées, toujours illustrées d’exemples, d’anecdotes. Mais parmi les idées-phares ressortait la différence fondamentale selon lui entre langue de culture et langue de service. Par langue de service, il entend une langue unique et univoque. Pratiquée dans notre société mondialisée, le« globish », l’anglais standardisé, pourrait être aujourd’hui cette langue universelle, directement et nécessairement compréhensible par tous. A cette langue utilitaire, impersonnelle, s’oppose la langue de culture : à celui qui maîtrise ses codes, les contraintes de sa grammaire, au point d’en jouer et de les dépasser, elle offre des potentialités infinies d’autonomisation, d’expression personnelle, de création, et c’est la poésie. (A ce point de maîtrise de la langue, on pense, dans un autre domaine, aux artistes qui ont cassé les codes après les avoir rigoureusement intégrés et observés ou à la ballerine qui, au prix d’une discipline de fer, parvient à libérer son corps de la loi de la gravité et c’est l’envol)

Et la pluralité des langues, malédiction divine prévue après Babel pour châtier l’orgueil humain, « est au contraire une chance » pour Heinz Wismann, dans la mesure où sa propre langue permet à chacun de se structurer, d’être « chez soi. », d’être soi. Et d’illustrer son propos par la comparaison entre le français « réalité » et l’allemand « Wirklichkeit ».  Donnés comme équivalents dans le dictionnaire, ils incarnent une vision radicalement différente : réalité, c’est le « res » latin, c’est statique, spatial, le réel comme quelque chose d’établi; Wirklichkeit renvoie au verbe « wirken » ; agir, la réalité envisagée comme action, en mouvement permanent.

Mais il ne s’agit pas pour autant de se limiter à une seule langue, la sienne, il faut au contraire que « l’on entende ce qui se dit dans ces différentes langues », pour rester «  en relation à l’humanité » : c’est le propre du « Luftmensch », ce « piéton de l’air », ce funambule en équilibre non seulement « entre les langues », mais « entre deux, ou trois, ou quatre possibilités d’être identifiable ».

Au total, une soirée d’une rare intensité, qui a laissé chacun sous le charme : « passionnant », « profond et léger », »lumineux », « fort et substantiel », tels étaient quelques-uns des commentaires entendus après la conférence, qui a permis à un auditeur, pourtant peu porté d’ordinaire aux effusions, de « nager dans le bonheur » !

Ici, un lien qui vous permettra d’écouter l’intégralité de la conférence de Monsieur Wismann :

https://www.grosfichiers.com/MG664x80n5MSS?tk=HmSNQoqdURT

(photo:  Osnabrücker Zeitung)

Evelyne Brandts

Ici, retranscrit  par Jean Pierre Comert, le texte intégral de la conférence :

Les grammaires de la liberté. Réflexions sur le destin des langues.

Conférence de Heinz Wismann

(à l’invitation de la FAPS et de la Maison de l’Europe de Nîmes)

14 septembre 2018

Je ne crois pas que c’est le lieu de faire une conférence académique avec tout ce qu’elle peut comporter d’érudition, de références, etc., pour faire aux yeux des collègues le savant. Je vais plutôt vous proposer une causerie, un magnifique mot français qui n’existe pas en allemand – une causerie qui consiste à dire de la manière la plus légère possible, disons la plus décontractée possible, des choses sérieuses. Donc je vais essayer de m’y employer. Je vous remercie beaucoup de m’avoir introduit en tant que piéton de l’air.

Mon point de départ (c’était sur l’invitation) était de savoir pourquoi la pluralité des langues a constitué pour l’humanité depuis toujours une espèce d’énigme, qui a fait que non seulement on se contentait de parler différentes langues mais on s’est posé la question du pourquoi. Et comme vous savez la première réponse à cette interrogation est biblique dans la mesure où, avec le récit de Babel, la langue adamique, la langue unique, celle que Dieu avait demandé à Adam de forger – nommer les choses – cette langue est dispersée à cause d’un geste d’orgueil que précisément la langue unique favorisait. Les hommes pouvaient s’entendre pour faire quelque chose… d’extravagant, monter au ciel, parce qu’ils disposaient de la langue unique qui faisait qu’ils n’avaient pas besoin de se poser des questions au sujet du sens qui circulait entre eux. Ils étaient tout entiers – c’est comme les scientifiques aujourd’hui,  leur langue permet les grandes œuvres, orgueilleuses.

La punition qui s’abat sur cette humanité qui parle une seule langue c’est la dispersion des langues et pendant très très longtemps on a considéré que cette dispersion était uniquement une punition, alors que dans la Bible même on apprend que la pluralité des langues peut aussi être une chance. C’est dans les actes des apôtres qu’on lit au moment de la Pentecôte que les apôtres parlent en langue et s’entendent parfaitement grâce à l’action de l’Esprit Saint. Alors ça veut dire que parler plusieurs langues permet de dire des choses qui dépassent ce dont on parle, puisqu’on peut ajouter à ce que l’on dit ce que l’on veut dire. Et [il y a] cette dimension subjective qui fait que, lorsque je communique avec autrui, je peux à la fois attirer son attention sur les réalités communes que je désigne par la langue commune si on veut, mais je peux grâce à la diversité des langues utiliser cet écart pour introduire un point de vue, un sentiment, un rapport au réel. Or ce que la Pentecôte nous suggère c’est que la dispersion des langues, la pluralité des langues n’est pas seulement une malédiction mais, au contraire, peut être une chance. C’est ça que je voudrais un peu développer pour voir où on en est aujourd’hui de ce point de vue, de l’aspiration à la langue unique, puisque la nostalgie de la langue unique a travaillé l’humanité tout au long de son histoire. Mais en même temps il y a aussi des défenseurs de la pluralité des langues et il faut peser les arguments qui sont invoqués par les uns et par les autres.

Pour commencer, l’humanité qui parle différentes langues est tentée de considérer que ceux qui ne parlent pas la même langue que soi-même ne parlent pas du tout. En grec ancien, on appelle les langues qui ne sont pas intelligibles, donc qui ne sont pas le grec, des “langues barbares”. Or “barbare” c’est une onomatopée, c’est bâ bâ bâ…, en faite c’est le babil des tout jeunes enfants. Il y a là une tension qui fait que tous les autres disent « On ne peut pas l’accueillir » dans la mesure où on n’admet pas que ça soit une langue. Et la question que je me suis posée est de savoir à partir de quel moment on a commencé à considérer que ceux qui parlent une langue qu’on ne comprenait pas disait réellement quelque chose. Eh bien ça apparaît avec les premières traductions.

Là je fais un petit rappel scolaire. Si vous vous souvenez, dans notre ère culturelle la traduction apparaît avec les Romains, parce que les Romains avaient une particularité, ils étaient férus de droit, ils avaient une capacité extraordinaire d’organiser la vie sociale, politique – même les rapports avec les dieux étaient organisés de manière juridique –, mais ils n’avaient pas de littérature. C’est un cas absolument unique dans l’histoire à ma connaissance : un peuple qui n’a pas de littérature, pas de poésie. Donc les premiers textes littéraires romains sont des traductions du grec. Agnus [?] par exemple traduit Homère. Ensuite, on peut passer en revue la plupart [des auteurs] : Plaute qui utilise les comédies athéniennes, il y a Théocrite qui fait de la poésie bucolique, etc. – enfin je ne vais pas rentrer dans les détails savants, ce que je retiens c’est que la traduction, opérée par les Romains, introduit pour la première fois une réflexion sur l’équivalence de ce qui se dit différemment. Et cela a évidemment une influence considérable sur l’histoire des idées, parce que soudain on se dit que peut-être lorsqu’on traduit on comprend mieux que lorsqu’on utilise spontanément une langue. Il y a une espèce de basculement qui se produit et qui s’accentue à la fin de la période qui précède – donc l’an 0 – quand les Romains s’approprient la philosophie et la littérature grecques : ils considèrent que ce qu’ils ont réussi à faire à l’aide de la traduction est une véritable purification de l’original.  La traduction joue un rôle culturel central dans la mesure où ce n’est pas simplement un pis aller. La traduction c’est un mieux aller.

A partir du moment où on entre dans cette logique, il devient tout à fait normal que les textes bitôpes [?], les textes religieux soient traduits. Comme le grec était à l’époque dans le bassin méditerranéen la langue de culture partagée, les juifs ont voulu disposer de leur Torah dans une langue qui était celle de tout le monde. Et vous connaissez l’histoire, Septante s’appelle Septante parce qu’il y avait 70 traducteurs qui étaient chargés de se mettre d’accord sur la meilleure traduction. L’idée était que, puisqu’ils étaient très nombreux, et donc forcément en désaccord, ils allaient parvenir à trouver la traduction qui était d’une certaine manière meilleure que ce qu’elle rendait dans la langue originale. La Septante devient une sorte de purification du texte original. La même chose est arrivée avec les Évangiles, avec Saint Jérôme qui traduit la Vulgate latine, par exemple – c’est évidemment une restitution des Évangiles dont on soutenait qu’elle était la véritable base de toute dogmatique possible. L’Eglise de Rome faisait tout à partir du latin.

Le grec, je le dis en passant, fait sa réapparition au moment de la réforme protestante. Si Luther ne s’était pas intéressé au grec, il serait resté prisonnier d’un certain nombre de principes dogmatiques qui découlaient de la traduction latine. Je pourrais vous donner plein d’exemples où c’est une seule lettre dans les différentes variantes du texte biblique qui pouvait décider du sens, pour le coup dogmatique, qu’on donnait au texte. Un seul exemple (que je trouve tellement drôle), dans l’Évangile de Noël, quand les anges chantent au-dessus du berceau de Bethléem… Chez les catholiques ils chantent : « Et paix sur terre aux hommes de bonne volonté », et chez les protestants les anges chantent : « Et paix sur terre au nom de la gloire de Dieu. Comment est-ce possible ? C’est que dans le texte grec il y a soit le nominatif soit le génitif du mot doxa. Alors si vous avez le génitif, ce sont les hommes “de bonnes opinions”, du coup vous commencez à faire de la dogmatique et vous dites « Oui ce sont des hommes qui méritent que… » parce que s’ils jouissent d’une bonne opinion, ça veut dire qu’ils ont du mérite, donc ce sont des hommes de bonne volonté. Tout ça ce sont des inductions théologiques à partir d’un texte. Dans le texte, Luther a retenu le nominatif doxa et du coup il doit, lui, faire un autre effort et se dire que l’opinion n’est pas celle qu’on a des hommes, c’est la bonne opinion qu’on a de Dieu et ça ne peut donc être que sa gloire. Et ça joue sur 50 manuscrits qui ont le nominatif et 50 manuscrits qui ont le génitif. C’est une des raisons pour lesquelles je considère que la philologie est inséparable de la philosophie et de la théologie.

Peut-être un autre exemple, comme ça on est en plein dans le sujet. Au moment du concile de Nicée en 325, vous vous souvenez, il y a une espèce de schisme qui se dessinait parce que les Aréniens [?], ceux qui suivaient l’évêque Arius, considéraient que le Christ n’était pas Dieu, mais seulement le plus parfait des hommes. Tandis que les autres, qui ont finalement gagné, emmenés par l’évêque de Rome, soutenaient que le Christ était d’essence identique à celle du Père. C’est le mot homo ousios, homo, pareil, identique, ousios, essence. Quand vous dites homo ousios, c’est donc d’essence identique, et donc le Christ est Dieu, du coup vous avez le problème de la Trinité. Mais s’il est homoï ousios [?], parce qu’il y a là malheureusement de nouveau des variantes, ça veut dire qu’il est semblable à Dieu et du coup il est seulement le meilleur des hommes, il est peut-être un prophète, c’est ce que Mahomet va retenir. Alors le choix du iota tranche. C’est pourquoi on dit en français encore aujourd’hui « je n’y changerai pas un iota ». Quand on pense que ça vient du concile de Nicée ! etc… C’est simplement pour vous indiquer où réside le véritable intérêt que peut susciter chez nous un travail sur les traductions, sur leurs difficultés, leurs différences, et surtout le retour au texte original que les traductions nous proposent.

Pour revenir à mon histoire, on a donc les Romains qui traduisent la poésie grecque, on a ensuite la Septante, la Vulgate pour les Évangiles qui sont écrits en grec, et puis peu à peu on va traduire l’essentiel de la pensée grecque – essentiellement Aristote et tout ce qui gravite autour d’Aristote – en latin. Il y a un petit biais, c’est le syriaque et l’arabe, mais tout va finir par être recueilli au Moyen Âge dans une espèce de vulgate aristotélicienne qu’on appelle la scolastique – scola c’est l’école, l’école aristotélicienne –, c’est un latin qui a été travaillé pour rendre de la manière la plus univoque possible les concepts philosophiques d’Aristote. C’est donc une langue qui, par une sorte de discipline inévitable, évince toute métaphore, tout ce qui peut être allusion, ou métaphore poétique.

Du coup, en 1303, Dante, qui écrivait dans le latin des docteurs des scolastiques, s’insurge contre l’idée que ce soit la langue dans laquelle désormais l’essentiel va être dit. Il écrit un tout petit essai qui porte le titre De l’éloquence ordinaire, De Volgari Eloquencia. Et il explique qu’il ne peut pas faire de la poésie, c’est son ambition, dans la langue desséchée des docteurs, puisque c’est une langue univoque, une langue qui ne permet plus de faire surgir de l’imaginaire, à travers des allusions et métaphore, des dimensions de sens auxquelles on n’avait pas pensé auparavant. C’est une langue trop nette. Mais il ajoute : je ne peux pas non plus faire de la poésie dans le dialecte qui est le mien, le toscan, parce que dans un dialecte on ne parle jamais en tant que soi-même. Dans le dialecte il faut dire les choses comme on les dit, c’est-à-dire c’est une manière de dire collective. Et donc pour arracher la possibilité de parler en son propre nom, Dante explique que le seul moyen c’est d’appliquer la grammaire du latin, qui s’appelle d’ailleurs le latin grammatica, à son dialecte toscan. Et c’est la grammaticalisation du dialecte qui libère la possibilité de la poésie individuelle. D’où mon titre [de cette conférence] “Les grammaires de la liberté”. C’est un premier cas où c’est la grammaire qui était contrainte, mais appliquée à l’autre contrainte qui est la contrainte dialectale, communautariste, où il faut parler comme les autres, sinon on vous tape dessus. C’est ce qui se passe dans les banlieues à Paris. Dans les petites communautés il y a une manière de parler qui n’était pas destinée à autre chose qu’à souder la communauté. Les dialectes fonctionnent comme ça. C’est leur richesse, leur beauté, mais c’est aussi leur limite. Dante trouve une voie médiane. En grammatilisant le dialecte toscan, il invente l’Italien. L’Italien qui devient du coup une langue évolutive, dans la mesure où elle n’est plus limitée par une référence objective, conceptuelle ou autre réalité, et elle n’est pas bridée non plus par la convention de la communauté qui parle dialecte. C’est une langue dans laquelle soudain des individus prennent en charge leur vouloir dire.

Et revoilà la Pentecôte,  puisque la Pentecôte c’est se servir de la diversité des langues pour dire une chose “personnelle”. Et la poésie est une espèce d’injection d’une volonté de dire qui ne se réduit jamais à la simple sécheresse du constat, mais pas non plus à la manière convenue de s’exprimer quand il s’agit d’affect. Donc Dante est pour moi le pivot absolu.

À l’époque de Dante, pendant la langue des docteurs, il y avait aussi le bas latin – aujourd’hui on aurait dit le globish – qui était la langue des commerçants. C’est avec ça que dans le bassin méditerranéen on pouvait survivre. C’est exactement la manière dont fonctionne aujourd’hui l’anglais international – je ne parle pas de l’anglais d’Angleterre qui est une langue d’un autre acabit –, cette langue réduite qui permet a minima de commercer, de s’entendre, de faire du tourisme, etc. Donc, ce bas latin va à son tour donner naissance à des langues qui sont des langues comme l’italien, qui permettent à des individus d’aller plus loin que les autres qui les ont déjà utilisées. Le français est issu du bas latin grâce à une rencontre qui est différente que je n’ai pas le temps de vous décrire, l’espagnol aussi. Il y a donc à partir de cette langue au rabais, qui est le bas latin, une espèce de naissance de langue de culture.

Et cela me permet de simplement rappeler une chose que j’ai longuement développée dans un livre qui porte le titre L’avenir des langues : la différence entre les langues de culture et les langues de service. Il faut bien comprendre qu’une langue de service rend service. Cela ne veut pas dire que c’est servile ou que c’est quelque chose de bas. La langue de service est simplement incapable d’accueillir l’apport d’une volonté de dire appartenant à un sujet, un individu, puisque la langue de service, c’est son mérite, est univoque. Elle dit les choses de manière à ce que tout le monde les entende de la même façon, c’est même son but. Et donc, les langues techniques, les langues qu’on invente, même la langue du droit, ce sont des langues de service – avec de grandes vertus, ce n’est pas le problème. Mais ce ne sont pas des langues dans lesquelles l’imaginaire d’un sujet peut déployer son inventivité – çà c’est les langues de culture. La chose à mon sens très intéressante c’est que les langues de culture sont historiques, elles sont en devenir parce que constamment subverties par la volonté, par le vouloir dire d’un sujet. Et la poésie est le véritable vecteur de cette transformation historique des langues. Alors que les langues techniques sont des langues qui s’améliorent, mais cela n’est pas vraiment historique, la précision s’agrandit, on est d’une certaine manière toujours en train de vouloir perfectionner. Ce qui fait l’intérêt de ces langues de service c’est leur capacité d’être univoque, de ne pas suggérer des choses qui pourraient troubler la compréhension. À partir de Dante apparaît selon moi, dans l’histoire qui aboutit à ce qui est notre situation, la différence entre langue de service et langue de culture. La scolastique, pour autre qu’elle soit du point de vue philosophique, est une langue de service. Le latin des docteurs, qui vise uniquement la clarté conceptuelle, c’est une langue de service.

Et cela engendre – ça chemine évidemment cette affaire – un débat que je veux juste rapidement évoquer qui oppose Jean-Baptiste Vico, vers 1725, à Descartes qui a écrit un siècle plus tôt. Descartes, philosophe épris de clarté, soutient que seule une idée nettement délimitée peut être vraie. La clarté devient le principe de la vérité. Or est-ce que ce qui se dit clairement épuise la possibilité de la vérité ? Est-ce qu’il n’y a pas aussi la vérité qui n’est pas simplement l’adéquation parfaite à une représentation ? Selon Descartes les idées claires et distinctes se disent clairement dans une langue qui n’est pas poétique, qui n’a pas d’ouverture sur le vouloir dire du sujet qui la pratique. Du coup Vico va dire que la vérité est essentiellement dans l’usage poétique de la langue, il l’appelle mythologique. Et il dit que lorsque les philosophes parviennent à une sorte de compréhension épurée, parfaitement claire et distincte, on a affaire à une abstraction, c’est-à-dire à une perte de richesse de sens. Il donne un exemple que j’adore. Il dit que c’est une erreur de croire que Neptune est la personnification poétique de la mer, comme si la mer avait été appréhendée avant la métaphore mythologique. Il dit que c’est le contraire. L’homme qui se trouve au bord de la mer, les pieds dans le sable chaud, la brise dans les cheveux, un peu d’air salin dans le nez, il a toutes sortes de perceptions et il en fait la synthèse en créant Neptune. Et ensuite, pendant des siècles, on s’acharne pour tirer, par abstraction de cette complexe vérité qui est la divinité, le concept de la mer. C’est un débat central à mon sens qu’il faut rejouer constamment.

Je ne vais pas trop m’attarder mais si vous lisez la nouvelle science de Vico ça fourmille d’exemples qui montrent que la vérité ne se laisse pas enfermer dans les abstractions.  Il y a quelque chose dans la langue vivante qui déborde l’abstraction. Or les abstractions appartiennent à ce que j’appelle les langues de service. Et nous sommes donc, dans nos langues, toujours en train de faire de la langue que nous parlons une langue de service : quand on parle en famille, quand on essaye de dire le plus clairement possible ce qu’il faudra faire dans l’après-midi, etc. toutes ces choses-là relèvent d’une utilisation de la langue comme langue de service.

Mais nous sommes aussi capables, essentiellement quand on est fâché, de trouver soudain d’extraordinaires métaphores pour dire non pas ce que la chose qu’on désigne est, mais ce qu’on trouve qu’elle est. Quand vous dites « Tu es un âne », du point de vue de la langue de service dénotative on veut dire « Tu es un animal gris avec de longues oreilles », mais tout le monde sait que quand on dit « Tu es un âne » en veut dire « Tu est un idiot ». Or la langue de culture est du côté de cet ajout métaphorique que le sujet pratique chaque fois qu’il est pris d’une émotion. Or l’émotion peut-être, lorsqu’elle est extrême, amoureuse ou au contraire belliqueuse. Ça peut aller jusqu’à la haine.

Et donc il existe deux types de poésie : une poésie qui glorifie – Pindare, Rilke – et une poésie qui vitupère, avec autant de talent – Archiloque chez les Grecs… La vitupération, la dénonciation quand on s’emporte, etc. est aussi un facteur de créativité dans la langue. Ce que je veux dire par là c’est que nous devons considérer que, au sein même de la langue que nous parlons, il y a déjà plusieurs langues. Et c’est très intéressant de se poser la question de savoir à quel moment on utilise quelle langue qui est virtuellement présente dans la langue qu’on appelle la langue maternelle. Parce que dans la langue maternelle il y a plein de choses qui ne sont pas tout simplement ce que la mère dit à son enfant. Or lorsque l’enfant s’empare de la parole de la mère, en général il ne peut se libérer de la simple répétition de ce que la mère dit… que lorsque la maîtresse – ça commence à la maternelle mais ça continue très vite au-delà de la maternelle – dit « Ça ne se dit pas comme ça ». C’est la grammaticalisation de la langue maternelle primaire, qui se fait de façon scolaire. Et à partir du moment où l’enfant dispose d’un principe de construction de phrases qu’on appelle la grammaire, la syntaxe, il peut se libérer de la pure répétition de la parole maternelle.

Donc l’émancipation des enfants passe par la grammaire. Et moi je me battais – j’étais au ministère pendant quelques années – non pas pour ramener à la surface les langues anciennes pour elles-mêmes, je disais « Non, commençons avec le français », parce que le français est en difficulté. Il faut que le français soit enseigné avec toute la richesse des possibilités grammaticales, de s’arracher à la manière de dire la plus répandue. Cette espèce d’autonomisation du sujet, c’est encore la Pentecôte. Je pense que c’est là que s’enracine cette promesse que nous devons d’une certaine manière assumer sans pouvoir compter sur l’Esprit Saint. À l’école on n’a pas l’Esprit Saint quand on veut communiquer au-delà de la simple désignation d’une réalité. Comment est ce qu’on se fait comprendre ? dans la langue même qui est partagée, puisque dans cette langue il peut y avoir plusieurs langues, et les poètes peuvent avoir dans la langue une langue à eux. Et donc la problématique de la différence entre langue de service et langue de culture qui apparaît avec Dante est ensuite thématisée dans le conflit entre Descartes et Vico. C’est là qu’on a les meilleures analyses de la différence qu’il peut y avoir entre la langue poétique – ça c’est Vico – et la langue du savoir, la langue technique, et ça c’est Descartes.

On est arrivé donc à cette discussion et elle va se prolonger dans un contexte très très particulier parce que jusqu’au XVIIIe siècle – Vico c’est début XVIIIe siècle – les différentes langues majeures, en Europe surtout, se disputaient leur rang de langue du paradis. A un certain moment c’était l’hébreu, à un autre moment c’était le latin, ensuite c’était l’espagnol, c’était l’italien. Au XVIIIe siècle c’est le français. Le français est la langue dans laquelle ce que l’on dit dans d’autres langues, grâce à la traduction, parvient à la parfaite clarté. On appelle ça la traduction relais. Et tout au long du XVIIIe siècle, les Français traduisaient en français ce qu’on écrivait en espagnol et dans d’autres langues, parce que c’est seulement en français que ça deven«ait clair. C’est exactement ce qui s’était passé avec le latin lorsqu’on a commencé à traduire du grec en latin parce que ça devenait clair en latin. C’est toujours le même geste. Or aujourd’hui à Bruxelles il se passe la même chose : un Estonien parle, il a des métaphores qui appartiennent à l’histoire de l’estonien, et c’est traduit dans la langue technique qui est l’anglais international avant d’être retraduit dans les langues officielles de la communauté. C’est un goulot d’étranglement et l’Estonien va s’auto-censurer quand il parle parce qu’il sait qu’il y a des choses qui ne vont pas passer, et du coup il est de mauvaise humeur. Et si vous vous promenez à Bruxelles, la mauvaise humeur suinte des murs. Elle provient de l’impossibilité de se parler avec toute la richesse que nous permet d’exprimer une langue de culture.

Un autre exemple qui me vient à l’esprit (je disais “causerie”, je prends des libertés). Quand Delors était président de la Commission, une de ses premières décisions a été de créer un truc qu’il appelait “cellule de prospective”. Il pensait que l’Europe institutionnelle avait besoin d’une instance dans laquelle on réfléchissait sur les difficultés de communication. Et lui, qui était croyant, pensait que le sens commun , qu’on pouvait peu à peu à travers les différentes langues dégager, c’était un sens essentiellement lié au christianisme. Il était convaincu que ce qui nous reliait comme sens profond ça devait être chrétien. Il nous a installés [dans cette “cellule”] et je me souviendrai toute ma vie, […], il nous disait « Vous savez, lorsqu’on discute des quotas laitiers, ça prend parfois deux jours et deux nuits. Au petit matin, on trouve un compromis, et là naît une sorte d’euphorie parce qu’on a l’impression de s’être compris. Or on s’est juste mis d’accord sur quelque chose de clairement désigné, chiffré. On ne s’est pas vraiment compris. » La preuve c’est que, soulagés après toutes ces négociations, tout le monde va au buffet, se fait servir un café, et l’Italien va se faire servir un ristretto, très noir, très dense, et sans le savoir, dans la langue élargie  – puisque les gestes, la nourriture, les vêtements, tout ça fait partie de la langue –, il associe ce breuvage noir à sa virilité. Il voit l’Européen du nord se faire servir un café long, avec du lait dedans, et il ne va pas pouvoir s’empêcher de considérer que c’est une lavette. Et Delors nous dit que c’est contre cela que vous devez maintenant travailler en attirant l’attention sur le fait qu’il y a toujours un implicite langagier qu’on néglige quand on est dans une langue de service. On pourrait multiplier les exemples… de gestuelle, par exemple, parce que la gestuelle est aussi un prolongement du vouloir dire et, si je suis porté par un affect, la gestuelle va être une sorte de traduction de ce que je suis en train d’éprouver.

Eh bien au XVIIIe siècle le français est une langue du paradis et on traduit en français pour rendre clair ce que l’on écrit dans d’autres langues. Et pratiquement toute l’Europe adhérait à cette idée. Le français était parlé dans toutes les cours européennes. Frédéric II de Prusse était tout à fait convaincu qu’on ne pouvait utiliser l’allemand que pour parler aux chevaux – vous connaissez cette phrase. À la cour de Saint-Pétersbourg c’était pareil, le français avait ce privilège d’être la langue ultime, en fait héritière de la langue adamique, de la langue d’avant Babel. [41′].Alors du coup s’est produit un événement croisé qui est vraiment franco-allemand : vers la fin du XVIIIe siècle, un Allemand est allé en France et une Française, qui était en fait une Suissesse, est allée en Allemagne. Ils ont fait des expériences croisées qui font que soudain on est sorti de cette fiction de la langue parfaite. On est entré dans le respect de la pluralité des langues, c’est la naissance de l’étude comparée des langues. Elle n’existait pas avant. Ça se passe dans la dernière décennie du XVIIIe siècle.

Il faut que je vous raconte comment l’allemand arrive en France. C’est parti d’une traduction française d’un texte de Kant, Vers le projet de paix perpétuelle. C’est un texte que Kant publie en 1795 et, bizarrement, on lui demande de fournir une traduction française. Il parait en 1796 une édition bilingue  – c’est la première édition bilingue que j’aie jamais vue –  à Königsberg et à Paris. Et cette édition bilingue donc a été, côté français, assurée par un polytechnicien de 21 ans d’origine alsacienne qui savait donc l’allemand mais qui ne connaissait rien à la philosophie. Il a fait une traduction relais. Il a traduit le texte de Kant de manière à ce que ça coule, et quand on le lit on a vraiment l’impression que c’est très très agréable et que ce type raconte est parfaitement compréhensible. Mais dès qu’on essaye de vraiment comprendre ce que Kant voulait dire on bute sur d’insurmontables difficultés. L’abbé Sieyès, qui était l’auteur de la Constitution de la révolution de 1791, qui tenait salon, avait accueilli dans son salon des kantiens du nord de l’Allemagne et voulait se poser en Kant français. Il a même écrit à Lara Kant pour lui demander d’avoir une correspondance avec Kant et on a retrouvé, il n’y a pas longtemps, la réponse de Kant qui disait « d’accord, je veux bien correspondre avec vous mais seulement sur des sujets littéraires ». Il voulait dire je ne veux pas me mouiller, je ne veux pas parler politique ; l’autre était révolutionnaire sulfureux alors que Kant était prudent, il ne voulait pas que la censure pèse sur lui. Et donc cette traduction, faite par un polytechnicien qui n’avait pas de compétences quant au contenu du texte de Kant mais qui avait fait une traduction agréable à lire, a été saluée (ça c’est une découverte que j’ai faite dans le magazine encyclopédique où on faisait le compte rendu de parution) par le rédacteur en chef, un certain monsieur Roederer, et je vous cite le début de sa recension : « Nous savons gré à notre jeune savant d’avoir débarrassé la prose du sage de Königsberg de toute la vaine scolastique qui l’encombre ». C’est ça l’idée qu’on va purifier le texte par la traduction en enlevant tout ce qui fait obstacle à sa compréhension. Alors moi je me suis amusé dans l’édition des œuvres de Kant, dans la Pléiade, à publier ce texte, qui est quand même un texte historique extraordinaire, en le redressant phrase par phrase. Eh bien Sieyès, qui était donc en difficulté, puisqu’il ne comprenait pas très bien ce que ce texte voulait dire, a demandé à un Allemand qui était présent à Paris en 1797, Wilhem von Humboldt, d’expliquer au philosophe français dans son salon, où il y avait des idéologues, il y avait Destutt de Tracy, etc., le sens du texte de Kant, à partir de la traduction. Et Humboldt, qui parlait parfaitement le français, a essayé. Ça a pris sept heures. Et après sept heures, il a jeté l’éponge. Il a écrit à Schiller en disant « Je ne vais plus faire de la philosophie, ça n’a pas de sens, il faut commencer par les langues ». Et il ajoute – ça c’est le coup de pied de l’âne aux Français  –  « Je vais commencer par le basque ». Ça c’est pour dire que toutes les langues se valent, même les langues les plus folkloriques, comme le basque que personne ne comprenait. Il voulait dire par là on va sortir de cette fiction des langues du paradis, de la langue parfaite, de la langue ultime. On va maintenant avoir une pluralité de langues et la dignité de ces langues est égale. À partir de ce moment Humboldt devient le fondateur du comparatisme. Il n’a plus fait de la philosophie, il a travaillé sur différentes langues pour montrer que chaque langue avait une cohérence syntaxique, grammaticale surtout, qui lui permettait de produire selon un certain mécanisme des effets de sens. C’est le mécanisme grammatical qui fait que la langue n’est pas simplement condamnée à la répétition de ce qui a déjà été dit, puisque grâce à la grammaire on peut inventer, puisqu’elle légitime l’invention. Si vous inventez sans grammaire c’est une idiosyncrasie, c’est une chose que vous dites sans avoir le moyen de le justifier. Mais si vous inventez une chose que personne n’a jamais dite en utilisant une règle grammaticale correcte dans ce cas on ne peut pas vous refuser votre nouveauté.

L’autre personne qui, pratiquement au même moment, en 1803, fait le chemin inverse, c’est Germaine de Staël. Elle  avait des problèmes avec Napoléon, elle part en Allemagne et, comme elle était assez bien introduite, elle dîne chez Goethe etc. Elle a écrit un petit livre De l’Allemagne, un chef-d’œuvre d’analyse, à travers la langue, du caractère d’un peuple. Lorsqu’elle fait ensuite de la philosophie c’est un peu moins bon, mais tout ce qui est littéraire est grandiose. Elle est donc chez Goethe, et elle dit « C’est bizarre on ne peut pas avoir de conversation parce que le type qui a la parole ne veut pas la lâcher avant d’avoir fini ». Et donc, comme elle est intelligente, elle se dit « Il doit y avoir un problème syntaxique avec l’allemand, on ne peut sans doute pas l’interrompre parce qu’il n’a pas encore dit ce qu’il veut dire ». Alors elle s’amuse et elle dit « L’Allemand, qu’il ait quelque chose à dire ou pas, veut avoir le dernier mot ». Or le dernier mot c’est tout simplement la contrainte syntaxique qui fait qu’en allemand ce n’est pas seulement le verbe ça peut être aussi la négation, ça peut être beaucoup de choses, puisque la structure de la phrase allemande est faite à l’inverse de la phrase française. En allemand c’est Kaffeetasse, Teetasse, on dit d’abord la nuance et ensuite ce dont on parle. Du coup si on dit tout de suite ce dont on parle, on peut être interrompu. L’autre ne va pas parler à tort et à travers puisque on sait ce dont on parle. Mais en allemand on ne peut pas le savoir, et donc vous ne pouvez pas interrompre l’Allemand puisque éventuellement il dit le contraire de ce que vous lui prêtez, mais il le dira à la fin. Et du coup elle dit « Ah ! Que je regrette le gazouillis de mon salon, où tout le monde parle en même temps et tout le monde s’entend ». Ça c’est le génie français, c’est France Culture, les tables rondes de France Culture, tout le monde parle en même temps. En allemand c’est impossible. On peut violemment interrompre l’autre mais c’est agressif dans ce cas, ce n’est pas de la conversation.

Une autre petite citation de Germaine de Staël qui montre à quel point elle a compris la même chose que Humboldt avait lui-même comprise lorsqu’il était confronté à la difficulté d’expliquer la traduction française du texte de Kant, elle dit  : « Le but de la conversation n’est pas d’établir une quelconque vérité. Elle sert seulement à produire une sorte d’électricité qui permet à ceux qui sont trop tendus de se décharger et à ceux qui ne le sont pas assez de se recharger ». C’est évidemment un peu léger, mais c’est génialement juste. La conversation française justement n’a rien de ce que la proposition allemande peut avoir de pesant, puisqu’il ne s’agit pas du tout d’établir une vérité. Maintenant on peut aussi en français parler comme un Allemand, tout est possible dans toutes les langues. Mais l’esprit de ces deux langues a été parfaitement appréhendé par ces deux voyageurs.

Et donc pour moi, après Dante qui fait apparaître la différence entre la langue poétique et la langue technique et le dialecte, et Vico et Descartes, il y a un troisième moment décisif, à la fin du XVIIIe siècle, c’est le moment Humboldt et de Staël.

Alors ce qui se passe c’est qu’immédiatement après, dans la mesure où si les langues sont irréductibles les unes aux autres – il n’y a pas une langue commune qui les mettrait d’accord, toutes les langues produisent selon leur loi grammaticale – la pensée est désormais dépendante de la langue. Non pas au sens où la langue dicte la pensée mais au sens où la pensée ne peut se dérouler que dans la langue. Il n’y a pas une pensée séparée de la langue et qui s’exprimerait dans un idiome neutre. C’est ça l’acquit. Mais cela a une conséquence immédiate : les gens qui parlent une langue, disons l’allemand, et qui considèrent que cette langue leur permet de penser d’une certaine manière, vont revendiquer un génie, au sens étymologique du terme, c’est-à-dire quelque chose de génétique, quelque chose qui serait d’origine lié au fait de parler allemand ou de parler français. Et cette idée qu’il existe un génie des peuples et que ce sont les langues qui traduisent le génie des peuples, va cheminer pendant que se mettent en place les États-nations. La France c’était un territoire, les rois de France avaient fabriqué la France sous forme d’un hexagone, avec des populations tout à fait hétérogènes, il n’y avait pas de peuple. Quand on disait peuple en français c’était le peuple par rapport à l’aristocratie, le bas peuple. Le peuple au sens de Volk, de génie, ce peuple va surgir après la Révolution française. Il va surgir après la conquête extraordinaire que représente la reconnaissance de la diversité légitime des langues. Si je parle une langue, qu’est-ce qui fait que je partage avec d’autres une certaine manière de voir le monde ? Et là surgit l’idée romantique du génie des peuples, qui est le génie de ces langues [53’54”].

On entre alors dans cette logique de la langue comme véritable ciment de la nation – en France ce sont les hussards noirs de la République qui vont unifier la France, qui n’est pas encore un peuple, c’est un peuple revendiqué par la Révolution, la levée en masse, mais ce n’est pas encore l’unité. Il faut que la langue unisse les Français. Les Allemands sont dans une situation inverse, ils ont une langue commune qui circule à peu près bien, dans les sphères élevées, instruites de la société, mais il n’y a pas de territoire. Et alors le conflit qui va se jouer (je ne vais pas m’arrêter là-dessus) entre la France et l’Allemagne, c’est que les Allemands pensent qu’ils sont allemands par la langue mais ils ne savent pas où ils sont, ils sont sur la Volga, ils sont dans les Sudètes, c’est à géométrie variable. Les Français eux savent parfaitement où ils sont, mais ils ont le problème qu’ils doivent unifier par la langue les populations qui habitent les territoires. Donc l’État-nation est inséparable dans sa légitimation historique de cette espèce d’unification langagière. Et du coup le génie des peuples va conduire à des conflits qui ne sont plus simplement comme dans le passé des conflits d’intérêts – les rois qui voulaient avoir une province, ce n’était pas légitimé par le fait que le peuple, avec son sang, dans le sol où sont enterrés les ancêtres, a droit à ce bout de terre. A la paix de Westphalie, qui met fin à la guerre de Trente ans, la guerre des religions, le roi de France fait soudain alliance avec les protestants, par calcul politique, parce qu’il veut avoir l’Alsace Lorraine, pour que son territoire soit mieux délimité. Il a une vision cartésienne de la France. En fait c’est quelque chose qui se distingue clairement, ou s’appréhende clairement et distinctement, c’est un corps géométrique.

Moi, Allemand, je me suis toujours amusé en me disant « Mais comment les Français peuvent-ils être fiers d’habiter une figure géométrique ? » Il y a un seul autre peuple du monde qui se réfère à soi à l’aide de la géométrie, c’est la Chine. La Chine c’est une sphère qui a un nombril, et la France, à la place du nombril, elle a un Massif central. Et “Massif central” c’est géométrique. En allemand ça veut dire montagne moyennement haute et c’est phénoménologique, tandis que Massif central c’est géométrique. Et si vous commencez à creuser, vous découvrez que la France, non pas en tant que nation mais en tant que pays avec un territoire, nait avec une obsession géométrique partagée par les rois, imposée à la paix de Westphalie.  Je racontais à table, hier je crois, une chose extrêmement drôle : dans un manuel de géographie, un manuel français que j’ai trouvé par hasard, qui datait je crois des années 20, il était marqué “La France forme une figure géométrique presque parfaite, malheureusement légèrement retrécie à la taille” ! Ça c’est le lac de Genève qui appartient à la nature, et pas à la géométrie.

Ce que je retiens donc c’est qu’avec l’apparition de la fiction du génie des peuples et l’idée que les langues, puisqu’on pense dans les langues, appartiennent en propre à tel ou tel tribu, l’Europe des nations va se mettre en place. Et les conflits entre ces nations vont maintenant être des conflits de légitimité et plus du tout des conflits d’intérêts, même s’il y a toujours des intérêts. Mais le vrai conflit, et le pire c’est le conflit de la Première Guerre mondiale, c’est une guerre où s’affrontent des gens qui pensent qu’ils sont dans leur plein droit d’être ce qu’ils sont. Il y a un texte extraordinaire de Bergson, sur la sanctification de la guerre, au nom du génie du français : ce sont ces fictions qui, à partir de l’idée que la langue appartient à un peuple, vont donner les catastrophes du XXe siècle que nous avons vécues.

Les langues se confondent, à partir de ce moment, non pas avec la créativité individuelle mais avec une sorte de fantasme de créativité collective. Et on régresse vers quelque chose de presque dialectal, communautariste. Vous voyez le paradoxe : une langue comme l’allemand, qui est une langue de culture avec une richesse de production extraordinaire, qui devient langue de pouvoir au nom du Volk, qui lui est maintenant censé créer en tant que Volk [1h]  – il faudrait savoir ce que c’est que ce sujet collectif – et entre en conflit avec un autre sujet collectif qui crée autrement. C’est ça le drame que nous avons vécu, jusque dans l’extrême revendication de la pureté de cette appartenance à un génie – alors un génie étymologiquement génétique, c’est-à-dire que c’est quelque chose de naissance. La puissance de cette idée est telle que la formule utilisée par les nazis, “sang et sol”, “Blut und Boden”, a été forgée par les sionistes. L’ironie de l’histoire est terrible et c’est Herzl qui a pour la première fois utilisé la formule “sang et sol”, parce que les juifs étaient dans la situation de dispersion sans territoire, comme les Allemands. Il y avait une sorte d’analogie extraordinaire dans leur destin, sauf que la diaspora des juifs était autrement éparpillée que celle des Allemands. Mais c’est le même vécu : on n’a pas de territoire, on n’est pas chez soi. Alors du coup, comment peut-on revendiquer un territoire ? et là on passe par ce biais idéologique qu’est le peuple qui, lui, est le résultat génétique de la transmission par le sang. Et c’est le sang qui va ensuite justifier l’occupation du sol.

Je dis ça pour que vous compreniez qu’à partir du moment où on a dépassé Vico et Descartes, et donc ce petit problème entre le poète qui est libre de créer et ceux qui recherchent une langue partagée parce que précise, technique etc., philosophique à la limite, on entre soudain dans des eaux troubles, alors que c’était un immense acquis de considérer que toutes les langues se valent. Et soudain toutes les langues qui se valent entrent en guerre, parce que chacune voudrait être plus forte que l’autre, avec cette idée romantique d’une appartenance à un génie collectif.

Se pose à partir de ce moment en Europe le problème de l’universel, c’est-à-dire est-ce qu’il est possible de penser des choses ensemble en tant qu’Européens ? Puisque si l’Europe c’est la diversité de ces manières de penser qui appartiennent à des génies qui sont des génies naturels, des peuples, à quel niveau peut-on s’entendre ? Eh bien il y a deux hypothèses. L’une c’est qu’on va faire abstraction de nos langues historiques, on va s’entendre dans une langue de service, dans une langue technique, dans une langue où il n’y a aucune expressivité, c’est une langue où seuls les intérêts se traduisent. C’est ça la construction européenne C’est quelque chose qui nous a apporté beaucoup, mais dont on commence à s’apercevoir des limites, parce que sous les populismes qui surgissent actuellement il y a plus que le simple sentiment qu’il y a trop d’immigrés. Mais déjà les immigrés sont des révélateurs de ce sentiment qu’une pureté originelle est menacée, et on retrouve cette espèce de syndrome qui est le génie du peuple. Les immigrés sont des menaces pour le génie du peuple, et en général ça se concrétise dans le problème de la langue. Est-ce que ces immigrés vont pouvoir parler la langue qu’on parle ou est-ce qu’ils vont baragouiner ? La construction européenne n’apporte aucune réponse dans la mesure où elle est entièrement technocratique – ce qui n’est pas rien, c’est énorme pour l’économie etc.

Mais il se pose en Europe aujourd’hui le problème des langues, le problème de l’universalisation possible de ce que l’on dit dans l’une et qu’on ne peut pas dire dans l’autre. Comment peut-on faire que cela converge ? La thèse que je soutiens, [c’est la deuxième hypothèse], c’est celle du funambule,  nous devons dès le plus jeune âge – et c’est la tâche de l’école – nous entraîner à faire du “funambulisme langagier”. Si on ne fait pas ça il n’y aura pas d’Europe, il n’y aura aucune chance de sortir de ce bras-de-fer absurde qui se déroule à l’ombre d’une parfaite entente technocratique. L’entente technocratique existe, puisque même si on n’est pas d’accord parce qu’on a des intérêts divergents, on est au moins d’accord sur le moyen dont on se sert pour trouver une solution. Le type d’expression qui est utilisé est commun. Le problème c’est que par dessous continuent à agir des forces qui ne sont pas maîtrisables par l’utilisation d’une langue technique. Les politiques doivent utiliser des langues qui sont des langues vivantes et doivent être un peu poètes, sinon ils ne peuvent pas réellement convaincre les citoyens. Ce n’est pas par des chiffres que l’on peut trouver l’adhésion.

Là se pose un problème, que je ne peux envisager que sous cet angle : il faut que les Européens, très jeunes, et de manière systématique, soient familiarisés avec d’autres langues, peu importe lesquelles. L’idéal ce serait que chaque Européen soit familiarisé avec l’une des trois familles majeures qui se parlent : slaves, romanes, germaniques. Je me suis un peu initié au Bulgare. Je ne connaissais pas le monde slave. Quand je suis allé en Russie, [j’ai pu utiliser les mots] que j’avais attrapés en bulgare (les Bulgares disent toujours du russe qu’il est un drôle de dialecte paysan du bulgare). Il y a une espèce d’entente pré-conceptuelle,[…], ça passe même par la sonorité.

Je crois que nous avons les moyens financiers, humains pour que la jeunesse soit initiée aux langues le plus tôt possible, et pas à des fins utilitaires, surtout pas. L’institut Goethe par exemple avait fait fausse route en prêchant l’apprentissage de l’allemand pour raisons utilitaires. Ils se sont plantés avec ça, parce que l’allemand ça s’apprend pour de toute autre raison que le souci de faire du commerce. L’allemand, si ça n’exerce pas une séduction, un attrait, si ça n’intrigue pas, il n’y a pas de raison de l’apprendre. Et donc ces langues-là, dans leur diversité, sont autant de pays merveilleux, étranges dans lesquels on trouve l’entrée uniquement si on fait le petit effort d’apprendre la langue.

Je crois que je peux m’arrêter là.

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Quelques jours plus tard, à Montpellier, se tenait la troisième manifestation co-organisée par la FAPS :

Table ronde autour de la traduction, 21 septembre 2018, Université Montpellier 3, Site Saint-Charles

En partenariat avec la FAPS et avec le soutien du CREG (Centre de recherches et d’études germaniques), Yasmin Hoffmann, professeur à l’Université Montpellier 3, elle-même grande traductrice, avait réuni un aréopage de professionnels pour exposer les divers aspects de la traduction, ses enjeux, ses objectifs, mais aussi ses problèmes.

En préambule, Yasmin Hofmann a évoqué la conférence de Heinz Wismann qui avait eu lieu la semaine précédente à Nîmes et qui portait intégralement sur la problématique des langues et du « penser entre les langues », (titre de son ouvrage le plus célèbre), consubstantielle à l’ADN du traducteur.

  1. Statut du traducteur : Le premier problème est celui de la visibilité : il a fallu attendre les procès de Nuremberg, après la 2nde guerre mondiale, pour que, grâce à la création de la SFT, (Société française de traduction) celle-ci soit reconnue comme un « métier à part entière » (Björn Bratteby, Président de la SFT) et que les droits des traducteurs soient pris en compte, notamment en matière de rémunération.

  2. La solitude du traducteur : même si l’image du traducteur /de la traductrice assis/e, son chat sur les genoux devant sa table de travail tend à disparaître, il/elle se trouve néanmoins isolé/e et livré/e à lui/elle –même la plupart du temps. D’où un possible manque de repères et le besoin de « co-working » (Stella di Giano, traductrice indépendante), afin de « créer des liens avec d’autres traducteurs » et « d’échanger sur les différentes pratiques ». L’emploi de logiciels de traduction (trados) représente une aide certaine, mais insuffisante et nécessite de la créativité de la part du traducteur, qui doit affirmer son style.

  3. Programme Goldschmidt : c’est justement pour combattre cette solitude qu’a été créé à Arles le Centre international de la traduction littéraire (CITL), comme le rappelle Katja Petrovic (responsable des programmes franco-allemands au Bureau international de l’édition française). Au sein de cet organisme, le programme franco-allemand Goldschmidt permet aux jeunes traducteurs de travailler en commun, en binômes, sur les textes, et de rencontrer des éditeurs.

  4. Rôle de l’OFAJ : Sandra Schmidt (formation professionnelle, échanges universitaires et volontariat) a évoqué le soutien de l’OFAJ dans le domaine de la traduction, en particulier dans le programme Goldschmidt, dont il est l’initiateur. Elle a vivement encouragé les étudiants présents dans la salle à se documenter auprès de ses services.

  5. Témoignage d’un ancien stagiaire Goldschmidt, Julien Lapeyre,(traducteur littéraire, auteur): il compare la traduction à une copie de tableau de maître, qu’il s’agit de rendre le plus fidèlement possible. Le problème survient quand il faut rendre des idées ou des expressions reposant sur des réalités totalement étrangères à l’univers mental et culturel français. Cf le « Schwarzwaldphilosoph » , terme ironique de Thomas Bernhard pour désigner le philosophe Heidegger. Impossible à traduire littéralement sous peine de passer complètement à côté de l’intention critique de l’auteur contenue dans « Schwarzwald- ». Cet exemple illustre le dilemme de l’intraduisible, d’une part, de la fameuse « trahison » d’autre part.

  6. Trahison et création : Où est la trahison ? Yasmin Hoffmann donne l’exemple d’Elfriede Jelinek, « illisible » en allemand. La traduire dans une « langue molle » serait trahir l’auteure. Il faut donc recréer en français une langue « illisible» qui corresponde à l’original (conflit assuré avec l’éditeur !) Le traducteur est donc au même titre que l’auteur un créateur et doit être reconnu en tant que tel.

Evelyne Brandts

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Concours de traduction – 26 septembre à la Maison de l’Europe à Nîmes

C’est à dessein qu’en partenariat avec la Maison de l’Europe de Nîmes,  nous avions choisi le 26 septembre, Journée européenne des langues,  pour organiser ce concours de traduction.

La Journée européenne des langues a été créée lors de l’Année européenne des langues en 2001 qui a réussi à fédérer des milliers de personnes dans les 47 états participants. La diversité linguistique est une voie vers une meilleure compréhension interculturelle. C’est pourquoi, le Conseil de l’Europe a décidé de poursuivre l’action en faveur des langues pour mettre en avant : la riche diversité linguistique de l’Europe, qui doit être maintenue et encouragée, la nécessité de diversifier la gamme de langues apprises (incluant des langues moins répandues), qui se traduit en plurilinguisme, l’importance de développer les compétences en langues vivantes pour une pleine participation à la citoyenneté démocratique en Europe.

Ce 26 septembre, ce ne sont donc pas moins de 16 jeunes candidats, lycéens en Première ou Terminale,  qui eurent à plancher sur la traduction de l’extrait d’un roman de Katharina Hagena “Der Geschmack von Apfelkernen” (“Le goût des pépins de pomme”) paru en 2010. Deux heures pour traduire un texte à l’apparence assez simple mais en réalité parsemé de pièges ! Ils s’en sortirent très bien tous ces jeunes gens et les correcteurs eurent parfois le sentiment que de futurs traducteurs littéraires sommeillaient en eux! Nous ne publierons pas les noms des lauréats mais deux d’entre eux se verront offrir un petit séjour au coeur des institutions européennes  à Bruxelles et les autres des entrées au cinéma Le Sémaphore!

 

Josée Bernard

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Le 2 octobre, c’est avec sa joyeuse « salade de langues » que la FAPS proposa sa dernière manifestation de la Quinzaine.

Nous, les français, nous sommes toujours extrêmement intrigués d’entendre que les allemands émaillent leurs phrases de mots français. Mais quoi, leur vocabulaire serait-il donc aussi pauvre ? Non, ce n’est pas la raison, loin de là, si l’on sait que la langue allemande possède un mot pour quasiment chaque chose, pour chaque sentiment et qu’au besoin, elle en fabrique ! Nous savons bien que Napoléon et ses différents séjours chez les prussiens y fut pour quelque chose. Mais pas seulement. Pour en comprendre l’origine, il faut sans doute revenir à la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Nous le savons, il s’agissait d’un édit de tolérance promulgué une centaine d’années auparavant par  Henri IV qui accordait notamment des droits de culte, des droits civiques et des droits politiques aux protestants français. À la révocation, ils n’ont que deux alternatives : la conversion ou la fuite. Cinquante mille Huguenots vont émigrer en Allemagne et ils y seront accueillis d’autant mieux que l’aristocratie allemande est francophile (Frédéric le Grand, Sanssouci, Voltaire etc.). Ils émigrent notamment à Berlin et occuperont souvent des emplois de précepteurs apprenant ainsi le français aux enfants de la noblesse. Les Huguenots émigrés n’abandonneront le français que plus tard, en protestation à l’occupation de la Prusse par Napoléon. À cela s’ajoute que le Siècle des Lumières prolonge l’élan pour le français, évoquant le raffinement des mœurs, de la culture, des arts de la table et de la mode.

Voici donc la salade de langues qu’Antje et moi (surtout Antje!) avions imaginée.

Allez, un peu d’imagination et placez vous dans le contexte de cette soirée particulière : dans les salons « grand genre » d’un palais parisien, se tient ce soir le vernissage de l’exposition du grand, du très grand peintre contemporain Ari Bho. Tout ce que la ville compte de chic est là, le gratin, la crème de la crème se presse un verre à la main pour pouvoir dire le lendemain « j’y étais » ! Avant le grand dîner de clôture auxquels seuls quelques rares privilégiés, triés sur le volet, assisteront un peu plus tard, nous avons laissé traîner notre micro et avons recueilli les impressions des invités. Un couple très en vue (la discrétion veut que nous ne citions pas de noms), manifestement fin connaisseur en matière d’art contemporain :

1 : Ist das L’Art pour l’Art oder was ?

2: In der Broschüre war ein Resümee mit allen Facetten dieses Oeuvres publiziert.

1 : Aha.

2 : Ja, das Genre « figurative Poesie ». Wahrscheinlich avantgardistisch.

1 : Das ist doch schlichtweg eine kolossale Maskarade. Völlig passepartout ! Dekorativer Mist von Debütantinnen.

2 : A propos, im Feuilleton kam eine Reportage. Der Journalist beklagte die Bagatellisierung der Ästhetik der Bourgeoisie. Als Anekdote erzählte er, dass im Atelier dieses Skulpteurs die Gouvernante mit dem Chauffeur in Livree vor dem Bidet posiert. Einfach grotesk !

1: Wie das Pissoir von dem Typen….

2: Ja, früher war alles besser : da wohnten die Portaitisten noch in chicen Maisonnettewohnungen oder in der Beletage, malten ihre koketten Cousinen im Négligé oder, wenns denn sein musste, den Ambassadeur im Staatskostüm. Wenigstens malträtierten sie nicht den Sinn für Bongout und Savoir-Vivre.

1: So ganz peu à peu hat sich da ein gewisses Laisser-aller eingestellt.

2 : Wir sind wohl die letzten Repräsentanten des Ancien Regime, wenn man so sagen kann.

1 : Überhaupt, ich finde diese Vernissagen werden immer vulgärer. Nur noch ordinäre Parvenüs, die Champagner trinken, Kanapees essen, Petits-Fours in sich hineinstopfen und mit ihren Maitressen paradieren. Die meinen wohl, das sei eine Orgie hier.

2 : Tja, c’est la vie… oder vielmehr, das ist der Pöbel. Es ist schon eine Blamage. Der Maler ist ein Dilletant, die Leute peinliche Profiteure, die meinen, wenn sie den Portier schikanieren, gehören sie schon zur Elite. Die Damen mit ihren Kinkerlitzchen, die Herren mit dem Lorgnon, die nur Platitüden von sich geben.

1 : Ja, eigentlich könnten wir auf dieses ganze gesellschaftliche Brimborium verzichten. Eigentlich sollten wir jetzt mit einem Cognac auf dem Sofa sitzen und über interessante Essais debattieren. Aber seis drum, nun wollen wir uns doch nicht so mokieren. Immerhin müssen wir noch den ganzen Abend durchhalten. Die beiden Veteranen und die pompösen Damen wollen nachher noch zum Souper.

2 : Du sagst das, weil deine Amouren immer rarer werden. So ein kleines Rendez-Vous mit einer dieser Femme Fatale…

1 : … wäre zwar galant und charmant, aber trotzdem. Ein Tete-à-Tete im Bordell mit eben einer Debütantin wäre mir da doch lieber.

Mais laissons ces deux amis continuer à deviser et approchons-nous de ces deux superbes jeunes femmes si follement branchées…

1 – Ma chérie, hallöchen. Sehr elegant siehst Du aus mit diesem Kostüm.

2 – Merci. Du bist auch sehr schick und dieses Corsage ist perfekt für Deine Figur.

1 – Ach wenn Du wüsstet… ich habe ein Problem: ich bin am 3ten Oktober zur Gala des Konsuls eingeladen. Da geht die Crème de la Crème hin und mir fehlen noch die Accessoires, Sandalen und ein Jupon für mein neues rosa Chasuble.

2 – Superbe ! Ich bin auch eingeladen. Gestern war in in dieser formidablen Boutique Haute Couture Rive Gauche. Eine Vitrine haben die !!! Entre nous, dort gibt es alles, was man für diese Soirée braucht.

1 – Ja, ich kenn diese Boutique. Die haben auch sehr schöne Lingerie aus Seide oder Satin. Ich habe dort meine Dessous gekauft, das schwarze Ensemble mit einem Dekolleté wie eine Kokotte ! Eine wahre Femme Fatale !

2 – Ich habe ein Blusenmodell aus Lamé gefunden, perfekt für meine schmale Taille und das Bustier mit den Pailletten ist extraordinär.

1 – Morgen muss ich unbedingt noch zu Dior, wegen dem Rouge und dem Parfüm. Ausserdem braucht mein Mann noch eine Krawatte. Danach geh ich zur Erholung zu meinem Masseur. Wenn ich nervös und deprimiert bin, ist er so kompetent. Ausserdem hab ich noch einen Rabattbon. Er malträtiert zwar ein bisschen, ist aber immer delikat und charmant. Ich hab ein kleines Faible für ihn. A propos, Du kennst ihn vielleicht: seine Mätresse ist die extravagante Kusine von Deinem Coiffeur. Sie haben schon seit Ewigkeiten einen Jour fixe ! Seine Frau hat peu à peu ein Ménage à trois akzeptiert – aber sie hat oft Migräne….

2 – Ach, echt ? Die haben eine Liaison ? Eine Affäre ? Was für ein Filou. Diese Mätresse kokettiert wohl gern. Sie ist zwar keine Grande Dame, aber doch relativ graziös. Wo ist denn dieser Massagesalon ?

1 – Auf dem Boulevard, gleich neben der Fontäne.

2 – Ich weiss schon, auf dem gleichen Trottoir wie das Büro von meinem Beau.

1 – Genau! Meine Schwester wohnt im gleichen Quartir. A propos, meine Schwester : sie hat ein kolossales Portemonnaie. Sie hat in ein echten Prestige-Arrondissement investiert und logiert jetzt vis-à-vis vom Palast des Château de la Pompe. Sie hat ein Appartement de luxe gekauft. Und ihr Dekorateur ist ein Genie ! Er arbeitet nur für die Hautevolee und ist famos !

2 – Natürlich kenn ich den. Er hat ein grandioses Renommee. Er hat das Rez-de-chaussee im Renaissance-Schloss vom Gouverneur renoviert. Ein echter Artist, verabscheut jede Routine. Ziemlich arrogant, aber so en vogue !

1 – Meine Schwester wollte ein paar eigene Suggestionen machen, aber er hat sie nur schikaniert. Er sei der Spezialist für Bongout. Bei ihm gibt es kein Deja-Vu, sondern nur Dernier Cri. Stell Dir vor, im dem bordeauxroten Vestibül gibt es Statuetten aus Turmalin auf Art Nouveau Kommoden. Aber der absolute Clou ist das Chambre Separee, ein Boudoir mit Fauteuils, mit Velourvorhängen mit Breloken. Dort kann meine Schwester ihre ganze Clique empfangen kann. Sie hat wirklich ein tolles Interieur.

2 – Ah meine Liebe, ich sehe dass unsere Freunde mit dem Attaché, dem Premierminister, dem Ambassadeur und dem Konsul schon ins Restaurant gehen. Wir sollten ihnen wohl folgen.

…. quittons maintenant  les deux belles dames et glissons nous discrètement derrière ces deux messieurs, militaires en retraite en grande tenue – ou presque! – , qui semblent beaucoup plus absorbés par la lecture du dîner de gala que par les toiles du grand artiste…

(beide mustern sich von oben bis unten) (les deux se toisent)

Offizier : Schön, dass wir uns hier in diesem Vestibül wie alte Veteranen treffen.

Anderer : (ironisch) Und mal wieder in Uniform paradieren können. Das gibt schon ein gewisses Prestige. Das Bajonett haben Sie wenigstens zu Hause gelassen.

Offizier : Nur ist Ihre Allüre nun weiss Gott nicht passabel. Sie sehen ja aus wie ein Dorfgendarm. Arrangieren Sie doch wenigstens Ihr Toupet.

Anderer : Merci für das Kompliment. Aber das ist eine Perücke. Mein Friseur hat mir den Kopf rasiert. Und ganz unter uns (flüstert) : ist alles nur Kamouflage.

Offizier : Kamouflage ?? Also mit Ihrer Visage sehen Sie eher aus wie ein Rebell auf den Barrikaden oder ein vagabundierender Deserteur im Maquis, als wie ein Repräsentant der Armee.

Anderer : Wissen Sie, ich war in einer prekären Lage nach dem Debakel. Es ist schlicht ein Fait Accompli, dass unsere Armee ganz schön in die Bredouille kam.

Offizier : Ja, die Generäle haben uns in eine prekäre Situation hineinmanövriert.

Anderer : Und da kaschiere ich mein Engagement lieber, als dass ich diesen süffisanten Zivilisten Gelegenheit gebe, ihre Ressentiments zu brillieren. Aber mit Ihnen kann ich ja ganz offen und ohne falsche Posen reden.

Offizier : Ja, das waren schon noch andere Zeiten. Als das Militär noch mit gezogenem Bajonett in Offensive gehen konnte. Die Soldaten damals waren von einem ganz anderen Kaliber..

Anderer : Heute gibt es in diesem maroden Land nur noch prätentiöse Pazifisten, die Phrasen dreschen und uns mit Postillons bombardieren. Anstatt mal ordentlich die Mitrailleuse zu zücken.

Offizier : Denen fehlt eben der richtige Korpgeist. Alles nur lasche Schwadroneure.

Anderer : Und wir mitten drin.

Offizier : Aber wir wollen ja keinen Skandal machen. Betrachten wir uns heute Abend einfach als infiltrierte Spitzel, die eigentlich eine Invasion anvisieren.

Anderer : Oder Saboteure, die keinen Eklat machen dürfen, aber sich mit Bravour den feindlichen Linien stellen.

Offizier : Na, dann wollen mir mal unsere Entente Cordiale vorgeben und mit den hier anwesenden Kompagnons zum Diner marschieren. Vielleicht sind wir ja die Agents Provocateurs…

Houlala…. En pleine nostalgie les deux messieurs ! Gageons qu’un bon repas et quelques verres le mettront d’humeur plus badine. Dirigeons-nous vers la porte d’entrée de la salle de restaurant sur laquelle est affiché le menu et laissons l’eau nous monter à la bouche :

MENÜ

À la carte :

APERITIF

Amuse-Bouche und Amuse-Gueule

Champagner oder Limonade

Kanapees und Foie Gras

ENTRÉE

Chicorée Salat mit Kanadarenetten, Vinaigrette und Crème légère

oder

Langusten mit Gelatine Garnitur oder Mayonnaise

oder

Potage Saint Germain Cremesuppe mit Croûtons oder Baguette

oder

Consommé double mit pochierten Karotten

Flambierte Dorade mit Ratatouille

oder

Camembert Fondue

oder

Entrecôte cordon bleu in Marinade

oder

Paniertes Kotelett, Champignons und Aubergines

oder

Haschée mit frittierten Frikadellen

oder

Bouillabaisse, croûtons und pikante Mayonnaise

DESSERTS

Brioche und Crème brûlée

oder

Clementinen-Orangen-Mandarinen Salat mit Biskuit im Likör

oder

Crêpe Suzette à la Konfitüre

oder

Éclairs à la Mousse au Chocolat

oder

Nougat glacé und Baisers

Kaffee

Frappé

Digestifs : Cognac, Armagnac, Eau de Vie

Der Sommelier hat die größten Grands Crus des Restaurants ausgewählt und sie werden in der Karaffe bedient sein.

Ah oui, en effet, c’est à un véritable festin de gala que sont conviés tous ces prestigieux invités. Le choix risque d’être difficile. Laissons notre micro se livrer encore à quelques indiscrétions …

Die Herrschaften sitzen um den Tisch im Restaurant. (les invités ont pris place autour de la table du restaurant )

  • Ich glaube wir könnten alle einen Aperitif gebrauchen. Was meinen Sie ? Ich nehme gerne einen Pastis. Mesdames ?
  • Kir Royal bitte, aber mit Champagner, nicht mit Sekt.
  • Für mich bitte einen Noilly Prat.
  • Die Amuses-Gueules sollen hier ja ganz excellent sein.
  • Ich liebe Foie Gras !
  • Mein Cousin hat hier diniert. Die Ambiance hat ihm sehr imponiert, ganz zu schweigen vom Menu. Und er ist ein echter Gourmet.
  • Ja, der Chef hat ein grosses Renomee. Er ist auch im Guide Michelin.
  • Der Sommelier soll auch ganz toll sein.
  • Essen wir à la carte oder Menu ?
  • Was gibt es denn ?
  • Fangen wir mal mit den Hors d’oeuvres an.
  • Also für mich wäre es …..
  • Und für mich ….
  • Oder vielleicht doch ein …
  • Was sind denn Kanadarenetten ?
  • Wahrscheinlich so ein Haute Cuisine Jargon.
  • Ich weiss nicht, was ich als plat de résistance möchte…
  • Der Camembert fondue liegt mir immer im Magen.
  • Probieren Sie doch das Haschee. Das sind so eine Art Bouletten.
  • Ach, die Bouillabaisse erinnert mich an meine letzten Ferien an der Côte d’Azur.
  • Saint Trop’ war dieses Jahr schrecklich überlaufen.
  • Ja, ich geh’ da lieber nach Chamonix im Winter.
  • Dort habe ich beim Après-Ski übrigens den Kommandeur getroffen, der den Coup d’Etat in La Reunion geplant hat.
  • Ach sowas ! Ich dachte, den sieht man nur beim Defilee auf den Champs Elysees in der Loge vom Präsidenten !
  • Also, was wählen wir nun ?
  • (Jeder sagt irgendeinen Hauptgang)
  • Zum Dessert will ich unbedingt die Crêpe Suzette. Mal sehen, ob sich die Serviererin beim Flambieren blamiert.
  • Das letzte mal war meine Serviette voller Sauce.
  • Da ist ein Nougat Glacé schon einfacher zu degustieren.
  • Die Crème Brulée soll eine Spezialität des Hauses sein.
  • Den Wein wähle aber ich aus. Ich möchte einen Grand Cru Classé Château Romané-Conti von 1964.
  • Hä ?
  • Was hä ? Sie sind ein Banause !

DAS BESTE IST IMMER NOCH DIE PIZZA DER BISTOURE MIT DEM PICHET DE ROUGE !

Et comme en France tout, ou presque tout , finit par des chansons, la tradition fut respectée et sous la houlette de nos plus belles voix, Dieter et Victor, nous nous fîmes un devoir de faire trembler les murs du Grenier à sel. Au passage, encore un très grand merci à Yolande et Alain Pioch de nous avoir accueillis ce soir là à titre gracieux dans leur pittoresque grenier.

Antje Brunet et Josée Bernard

Photos Herveline Vinchon

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… et c’est le lendemain, 3 octobre,   que se clôtura officiellement la Quinzaine Franco-Allemande.

En cet après midi lourd de manifestations franco-allemandes du trois octobre 2018, nous ( Evelyne , Victor et l’auteur de ce billet ) quittons Boisseron vers 16h pour Montpellier , investis d’une mission et sur demande expresse de notre chère présidente : représenter au mieux la FAPS lors de deux manifestations officielles célèbrant la fête nationale allemande ( petit rappel si besoin, “der Tag der Wiedervereinigung”) et la clôture de la Quinzaine franco-allemande en Occitanie, deux lieux et deux cérémonies distinctes qui vont se recouper en partie (cf. la suite de ce billet)

17 heures . Maison des relations internationales face au Corum . Manifestation style garden party avec son côté entre soi : beaucoup d’ habitués , présence importante de membres de la colonie allemande de Montpellier, des habitués et des anciens de la maison d’Heidelberg, quelques distingués germanistes et ou germanophones émérites ….etc  Bref pour autant que l’on puisse en juger, plutôt un public d’acteurs de terrain anciens et modernes .

De nombreux discours, tous en français, célébrant la vigueur et la nécéssité de l’amitié franco-allemande : l’ ambassadeur d’Allemagne en France , le directeur de la Maison de Montpellier à Heidelberg qui avait fait spécialement le déplacement), le Consul honoraire d’Allemagne, un représentant du président de Montpellier Métropole etc…

Clôture de la manifestation avec la diffusion du “Deutschland ueber alles” et la traditionnelle Schlacht am kalten Büffet,  en l’occurence autour d’un bon gâteau au chocolat accompagné d’un coup de blanc et de rosé . Départ en covoiturage vers l’hôtel de région.

18h30 . Nous investissons une sorte de grand atrium dans lequel ont été installés une imposante estrade , des centaines de sièges et des barnums où s’affairent quelques silhouettes . Cette manifestation de clôture a fait le plein , le public est venu en nombre, attentif et semble-t-il motivé par l’événement. Alors que l’on s’attendait à des discours , c’est une authentique Blaskappelle du nom die Villinger Musi ( une sympathique bourgade entre Munich et le Chiemsee d’après les infos recueillies auprès des musiciens lors de l’after) qui ouvre la soirée en compagnie de la jolie Bierkönigin du coin. Non contents de jouer , les Villinger Musikanten vont nous gratifier de deux démonstrations de Schuhplattler !! Bonne surprise, la soirée commence bien.

Suivent quatre discours : la présidente de la Dépèche du midi, le président d’Allemagne Occitanie l’Europe à coeur ( manifestement très impliqués dans l’organisation de la Quinzaine, voire les chevilles ouvrières) l’ambassadeur d’Allemagne en France (Monsieur Meyer-Landrut qu’une personnalité, sans doute peu habituée à  la langue de Goethe et à  sa prononciation, appela Monsieur Landru!! Sans ce petit “t” final qui fait tout et surtout avec un “u” bien français, comme dans Lustucru!)) et la présidente de Région ( aucun représentant de Montpellier Métropole, allez savoir pouquoi ?).  Quatre discours entrecoupés par un intermède musical bienvenu de nos amis de Villingen , 4 discours donc ( plus une apparition sur écran du ministre Le Drian) qui rendent hommage à ceux et celles : institutionnels , associations, organismes , sponsors (Lidl France et Airbus en particulier) qui se sont investis dans cette Quinzaine durant laquelle plus de 200 projets on été menés.

À noter que la région Occitanie est la seule en France à avoir un partenariat de ce type : une région : Occitanie/un pays : la République Fédérale d’Allemagne. A noter aussi deux témoignages humains et bienvenus : celui d’un vieux monsieur de plus de 90 ans qui a raconté un nuit de Noël passée avec de grands bléssés allemands à chanter “Stille Nacht” et celui d’une jeune lycéenne du Lycée Georges Frèche qui prépare l’Abi bac et fait part avec enthousiasme de son engagement dans le franco-allemand. La partie officielle s’est terminée par la diffusion des 2 hymnes nationaux.

Quant à la partie festive, fort bien organisée,  avec une profusion quasi gargantuesque de produits et Delikatessen des deux nations , sachez que vos représentants ont tenu fort consciencieusement leur place , voire même payé comme il se doit dans le cadre de la mission officielle qui nous avait été confiée, de leur personne et que si vous avez l’occasion de passer par Villingen, nous savons où trouver de bonnes Bocksbeutel .

Fait pour servir et valoir ce que de droit.

Christian Caudrelier

Arrivée, en fanfare, des officiels!

Photos Christian Caudrelier

Voici également un lien à suivre pour quelques photos supplémentaires de cette soirée mémorable. Source : La Dépêche

https://www.fondationgroupedepeche.fr/galerie/cloture-de-la-quinzaine-franco-allemande/

Et pour démontrer que ce furent bel et bien deux semaines de folie, un petit film dans lequel les yeux avertis reconnaîtront quelques fapsiens qui avaient l’air vraiment heureux d’être là. Pour cette vidéo, nous remercions Alexander Raffael.

DERNIÈRE HEURE! C’est vendredi dernier, 19 octobre, que les deux lauréates exaequo de notre concours de traduction ont reçu leur prix (un voyage à Bruxelles, tout de même!) Charlotte n’ayant pu se libérer ne figure pas sur la photo.  Cette petite cérémonie a eu lieu au Lycée Saint Stanislas à Nîmes et nous remercions la directrice, Madame Auphan  et la professeure d’allemand, Madame Silhol, pour leur engagement et l’organisation de cet agréable moment.

Ainsi, de gauche à droite : Antje Brunet (FAPS), Jean Luc Bernet (Maison de l’Europe de Nîmes, Maëlle, une des deux lauréates, Madame Silhol et Evelyne Brandts (FAPS).

Nous souhaitons un bon voyage à Maëlle et Charlotte et nous serons très heureux d’avoir un petit compte rendu de cette aventure au coeur même de l’Europe.