Frédéric-Jacques Temple : une soirée sous le signe du contraste


« Vacherie humaine. Rats et blaireaux, animaux fouisseurs, habitants des terriers, hommes, je vous ai vus aussi dans les décombres de Pforzheim, les vivants et les morts, sous la pierraille et les cendres froides. »
C’est l’un des souvenirs saisissants que Frédéric-Jacques Temple a  consignés dans son ouvrage, « Les Eaux mortes », dont il a lu de larges extraits mercredi soir, salle Justine, devant un public captivé.
Il y détaille le quotidien de son séjour de 8 mois à Schönmünzach, petite bourgade du Sud de l’Allemagne où les hasards de la guerre et de l’occupation française l’ont conduit en 1945. Ces souvenirs, consignés par le grand auteur qu’est Frédéric-Jacques Temple, prennent un relief tout particulier et témoignent de l’horreur qu’il a côtoyée dans ce pays en grande partie dévasté, photos à l’appui. Et pourtant la tragédie alterne aussi avec des moments de grâce, lorsque par exemple, il va pêcher la truite ou le gardon dans la limpide  rivière Murg en compagnie  d’un paysan du coin, au milieu de ce paysage de « champs fertiles, de bosquets peignés, (…) comme fondus ensemble par une brume lumineuse qui se coulait dans les replis. ». Son œil de poète et de photographe a su rendre à merveille les contrastes sidérants d’un pays anéanti par la guerre, mais gardant ses oasis de paix et de beauté.
Paradoxe aussi que celui de ce jeune occupant français, féru de poésie, qui publie des articles sur le grand poète austro-hongrois de langue allemande, Rainer Maria Rilke, dans la revue destinée aux armées françaises d’occupation.
Une belle soirée, qui a conforté les Fapsiens, s’il en était besoin, dans l’idée que rien n’est jamais tout noir ou tout blanc et que la vérité est toujours métissée.

Evelyne Brandts

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