Des vélos et des hommes

Depuis bientôt une semaine je me trouve dans le Nord Ouest de l’Allemagne, à deux pas de Hanovre. Et c’est en tant qu’envoyée spéciale de la FAPS que je me trouve ainsi dans le froid et la pluie. Abnégation, je sais… Ma mission? Humer l’air du temps (enfin, “humer” jusqu’à un certain point seulement,  parce que ce matin, vu ce que qui tombe du ciel, la seule chose que j’aurais envie de humer serait peut être le fumet d’un bon pot au feu, bien brûlant, qui fristouillerait depuis des heures sur le fourneau).

Ouvrir les yeux et les oreilles, lire un peu les journaux, écouter ça et là les conversations qui vont bon train. Parce que pour des raisons que nul ne peut ignorer, en Allemagne, ça discute ferme. Naturellement, la FAPS ne m’a pas envoyée ici pour que je m’immisce dans les affaires sensibles du moment. Mais mes yeux voient et ce qu’ils voient me torture passablement. Ici, dans ce petit patelin grand comme Trifouillis-Les Oies, on ne peut pas les rater. Ils sont là, vêtus d’improbables anoraks verts ou rouges, de drôles de bonnets à pompons qu’ils s’enfoncent jusqu’aux yeux. Décalés, presque indécents, ces pompons. Ils circulent sur les pistes cyclables, tenant bien leur droite. Leurs vélos sont flambant neufs, ce qu’une partie de la population leur reproche d’ailleurs. Des vélos neufs, pensez….! J’ignore d’où ils viennent. Pas de Suède, c’est certain: parce que pour la plupart, ils sont noirs. Erythrée? Sans doute… Même si cette année l’hiver n’est pas catastrophique, comment peuvent-ils supporter ce froid, cette humidité qui doit les transpercer jusqu’à la moelle? Il est vrai que depuis qu’ils ont quitté leurs pays ils ont dû en affronter des conditions extrêmes : la mer-cercueil déchaînée, la neige en Europe centrale, la boue et aussi le regard des peinards que nous sommes! Finalement, ceux qui roulent sur leurs beaux vélos, ici dans cette banlieue protégée, ont eu de la chance. Mais que va-t-il advenir d’eux? Je n’en ai pas la moindre idée mais ce que je sais c’est que leur présence divise l’Allemagne et que moi, ici, je n’ai qu’un devoir : la fermer!